Aujourd’hui, lorsque je veux tricoter un châle rouge, il me suffit de choisir mon écheveau. Rouge cerise, bordeaux, grenat, coquelicot, vieux rose.
Le plus difficile est finalement de choisir.
Mais vous êtes-vous déjà demandé comment on obtenait toutes ces couleurs avant l’apparition des teintures synthétiques ?
Avec quoi teignait-on la laine et les tissus ? Et comment faisait-on pour que ces couleurs résistent au temps ?
Teindre la laine naturellement : comment obtenait-on les couleurs autrefois ?
Tout est parti d’une courte vidéo publiée par une amie. Elle y expliquait comment on obtenait la couleur rouge au Moyen Âge et pourquoi la nuance portée pouvait en dire long sur le rang social de celui ou celle qui la portait.
Évidemment, dès qu’on me parle de laine, de textile et de couleurs, ma curiosité est piquée !
D’autant plus que j’avais justement reçu des Éditions Eyrolles le livre Teindre la laine naturellement, de Doriane Chagot Mansuy.
Il n’en fallait pas davantage pour que je commence à me poser mille questions.
Avant les teintures synthétiques, d’où venaient les couleurs ?
Aujourd’hui, nous avons l’embarras du choix lorsqu’il s’agit de choisir la couleur de notre laine. Mais pendant des siècles, pas question d’ouvrir un nuancier et de commander précisément la couleur souhaitée.
Pour teindre les fibres textiles, il fallait se tourner vers ce que la nature pouvait offrir :
- des plantes,
- des racines,
- des écorces,
- des feuilles,
- des fleurs,
- des fruits,
- mais aussi certains insectes.
Et les possibilités étaient bien plus nombreuses qu’on pourrait l’imaginer !
La garance des teinturiers permettait par exemple d’obtenir des tons rouges, le pastel des teinturiers était utilisé pour le bleu, tandis que le réséda des teinturiers était réputé pour ses jaunes.
D’autres matières tinctoriales sont beaucoup plus surprenantes : brou de noix, pelures d’oignon, bruyère, eucalyptus et même avocat !
C’est d’ailleurs ce que j’ai découvert en feuilletant Teindre la laine naturellement. Sa palette de couleurs naturelles présente une vingtaine de matières tinctoriales différentes, chacune permettant d’explorer des teintes et des nuances particulières.
Mais il ne suffisait évidemment pas de mettre quelques plantes et un écheveau de laine dans une casserole et d’attendre que la magie opère.
Obtenir la couleur était une chose. La faire pénétrer dans les fibres et surtout la faire tenir en était une autre.
Et c’est là que les choses deviennent vraiment intéressantes.
Comment faisait-on tenir la couleur sur la laine ?
Trouver une plante capable de produire une jolie couleur ne suffisait pas. Encore fallait-il que cette couleur se fixe sur les fibres de laine et ne disparaisse pas au premier lavage.
C’est là qu’intervient une étape importante de la teinture naturelle : le mordançage.
Le principe consiste à préparer les fibres avant la teinture à l’aide d’un mordant. Celui-ci favorise la fixation du colorant sur la laine et peut également avoir une influence sur la couleur obtenue.
Parmi les mordants traditionnellement utilisés, on trouve notamment l’alun, mais aussi différentes substances riches en tanins. Selon les procédés et les matières tinctoriales utilisées, la préparation de la laine pouvait donc varier.
Vient ensuite le fameux bain de teinture. La matière tinctoriale est préparée afin d’en extraire les pigments, puis la laine est plongée dans le bain pour permettre à la couleur d’imprégner les fibres.
Et c’est là que la teinture naturelle réserve une partie de sa magie : avec une même matière première, le résultat n’est pas nécessairement toujours identique.
La préparation, le mordant, la concentration du bain ou encore la fibre utilisée peuvent faire varier la nuance obtenue.
D’où l’intérêt, lorsque c’est possible, de choisir des écheveaux ou des pelotes issus d’un même bain pour réaliser un ouvrage.
Et parmi toutes ces couleurs, il en est justement une qui mérite que l’on s’y attarde : le rouge.
Le rouge : une couleur pas si simple à obtenir
Le rouge occupe une place particulière dans l’histoire des teintures. Et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, il ne suffisait pas de trouver une jolie fleur rouge pour obtenir une laine de la même couleur. Ce serait beaucoup trop facile !
L’une des grandes sources de rouge était la garance des teinturiers (Rubia tinctorum). Ce ne sont pas ses fleurs que l’on utilisait, mais ses racines, qui contiennent notamment un pigment rouge : l’alizarine.
Cultivée comme plante tinctoriale pendant des siècles, la garance permet d’obtenir toute une gamme de teintes, allant des rouges orangés à des rouges plus profonds selon la préparation et les procédés employés.
Mais les rouges ne provenaient pas uniquement des végétaux.
Certains étaient obtenus grâce à des insectes tinctoriaux. C’est notamment le cas du kermès, utilisé en Europe et dans le bassin méditerranéen bien avant l’arrivée de la cochenille américaine. Ces minuscules insectes permettaient d’obtenir des rouges particulièrement recherchés.
Et c’est là que notre histoire de couleur devient aussi une histoire… d’argent.
Produire certaines teintures demandait des matières premières parfois difficiles à obtenir, du temps, du savoir-faire et plusieurs opérations. Tous les tissus rouges n’avaient donc ni la même qualité, ni la même intensité, ni le même prix.
Autrement dit, deux personnes vêtues de rouge ne portaient pas nécessairement du tout le même rouge.
Et au Moyen Âge, cette différence pouvait avoir son importance.
Au Moyen Âge, le rouge pouvait-il révéler votre rang social ?
La couleur rouge pouvait également donner des indications sur le rang social de la personne qui la portait.
Mais plutôt que de tout vous raconter ici, je vais laisser la place à celle qui m’a donné l’idée de cet article.
Mon amie Suzy s’intéresse à l’histoire et partage sur sa chaîne YouTube La Minute Histo de courtes vidéos consacrées toutes sortes d’anecdotes historiques.
Je suis devenue fan de sa chaîne : en une minute, on apprend toujours quelque chose !
Dans cette vidéo, elle nous explique comment étaient obtenus les différents rouges au Moyen Âge et ce que la couleur d’un vêtement pouvait révéler sur la personne qui le portait.
Je vous laisse découvrir ça en images et si vous pouviez lui mettre un j’aime pour l’encourager, je pense qu’elle sera toute contente :
Si vous aimez ce genre de petites histoires, n’hésitez pas à aller découvrir les autres vidéos de Suzy et à vous abonner à sa chaîne. Ça lui donnera un petit coup de pouce pour la faire connaître.
Et aujourd’hui, peut-on encore teindre naturellement sa laine ?
Bien sûr ! Les teintures synthétiques ont largement remplacé les teintures naturelles, mais les plantes tinctoriales n’ont pas disparu pour autant.
Et il n’est même pas nécessaire de partir à la recherche de plantes rares au fin fond de la forêt.
Certaines matières utilisées pour teindre peuvent se trouver beaucoup plus près de nous : pelures d’oignon, brou de noix, feuilles, fleurs et parfois même dans notre cuisine.
C’est justement tout l’objet du livre Teindre la laine naturellement de Doriane Chagot Mansuy, que j’ai reçu des Éditions Eyrolles.

L’autrice nous accompagne depuis la préparation de la laine jusqu’à la teinture elle-même :
- matériel nécessaire,
- mordançage,
- différents procédés de teinture,
- entretien des fibres et des couleurs,
- et une véritable palette de teintures naturelles.
Ce que j’aime particulièrement dans ce livre, c’est qu’il ne se contente pas de donner quelques recettes de teinture.
On comprend aussi comment préparer la laine, pourquoi certaines étapes sont importantes et comment les différentes matières tinctoriales vont agir sur les fibres.
On y retrouve des plantes tinctoriales assez connues, comme la garance, le pastel des teinturiers ou le brou de noix, mais également des matières auxquelles je n’aurais absolument pas pensé pour teindre de la laine : l’avocat, les pelures d’oignon, l’eucalyptus ou encore la ronce.
Et quand on tricote plusieurs couleurs ensemble ?
Toutes ces histoires de teintures m’ont forcément fait penser à nos ouvrages multicolores.
Parce qu’aujourd’hui, notre préoccupation n’est généralement plus de savoir comment obtenir notre rouge, notre bleu ou notre jaune, mais plutôt de nous assurer qu’ils vont continuer à bien s’entendre une fois notre ouvrage terminé.
C’est particulièrement important lorsqu’on tricote plusieurs couleurs très contrastées dans un même projet. Une couleur foncée qui dégorge sur une couleur claire au premier lavage, et c’est le genre de surprise dont on se passerait volontiers !
Prenons l’exemple du châle Tesselis, qui associe trois couleurs. Il joue justement sur leurs contrastes grâce à un mélange de dentelle et de mosaïque.
Pour éviter qu’une couleur ne vienne gâcher ses petites camarades au moment du lavage, j’utilise notamment une astuce toute simple avec du vinaigre blanc.
Dans une bassine, versez de l’eau et un peu de vinaigre blanc avant d’y mettre délicatement votre ouvrage.

Finalement, la prochaine fois que vous hésiterez entre un écheveau rouge cerise, grenat, coquelicot ou bordeaux, vous le regarderez peut-être différemment.
Derrière nos pelotes se cache une histoire de plantes, de pigments, de savoir-faire et parfois même quelques insectes.
A bientôt !



